L'Equitation Pédagogique

pédagogieJuin 2026

Continuum de la Violence en Equitation

De tout temps, les comportements agressifs ont été banalisés, justifiés, invisibilisés, dans des domaines variés, y compris en équitation.
Cet article ne compare pas la gravité des situations mais les mécanismes psychologiques et sociaux qui permettent à certaines violences de devenir invisibles.

Les seuils implicites et la violence invisible

Ci-dessous, la pyramide de la violence. A la base, nous avons les comportements dont on vient de parler : banalisés, justifiés, invisibilisés. Mais chaque stade permet, renforce et excuse les comportements et les agissements situés directement aux stades suivantes. C'est ce qu'on appelle le "Continuum de la Violence".
Au stade finale, tout d'un coup, on ouvre les yeux et les comportements deviennent inacceptables : homicide, génocide, suicide, ...
On retrouve ces différents seuils de la violence dans l'éducation des enfants, les violences conjugales, le harcèlement moral, les agressions sexuelles, ...
En fait, partout où existe un système hiérarchique humain, le risque existe : école, management, travail, sport, armée...

Dans nos sociétés, les victimes peuvent également être des animaux : la recherche scientifique, les méthodes dans les abattoirs, le travail avec les animaux (canidés, équidés, camélidés, éléphantidés ...), et les sports équestres évidemment !

continuum violence
Continuum de la violence : de la violence invisible à la violence inacceptable ©LGG

Pourquoi invisible ?

Parce que des personnes violentes se pensent sincèrement "gentilles". Elles participent aveuglément à des mécanismes de reproduction d'une norme culturelle et légitimisent les actes de violence situés à la base de la pyramide.
La culture est le coeur du problème : croyances, préjugés, discriminations, attitudes, et banalisations.
Et vous ? Jusqu'à quel étage de la pyramide vous tolérez ? En tant qu'acteur ? En tant que spectateur ?

A partir de quand une violence considérée normale bascule dans l'inacceptable ?

Voici une seconde pyramide : celle-ci concerne la culture du viol.
En bas de la pyramide, sont représentés les actes banalisés, justifiés, et invisibilisés.
Sur la première pyramide, on peut comprendre la tolérance vis-à-vis des actes situés à la base car nous sommes pratiquement tous issus de cette culture qu'"une baffe n'a jamais tué personne". Sur cette seconde pyramide, tous les comportements du premier étage sont problématiques pour une femme. En revanche, un homme pourrait minimiser leur gravité. La perception de la gravité d'un comportement dépend fortement de la culture dans laquelle on a grandi.
Malheureusement, ces premiers agissements sont ceux qui permettent l'escalade : aucun incident n'est isolé !

Culture du viol
©LGG

Pourquoi est-ce que nous voyons bien ce continuum-là, mais beaucoup moins celui de la violence ? Nous sommes tous aveugles à certaines violences lorsqu'elles appartiennent à notre propre culture.

Légitimisation des violences équestres

De la même façon, en équitation, nous pouvons observer un continuum de la maltraitance, une escalade de la violence :
La violence devient légitime quand celui qui s'en sert estime que l'animal l'a mérité. Le milieu considère ainsi certaines agressions comme compréhensibles voire éducatives.
Pire, la contrainte forte est vue comme du savoir-faire.

continuum de la violence équitation

Ces comportements normalisent la brutalité auprès des néophytes, et deviennent des méthodes de référence auprès des jeunes cavaliers : la violence institutionnelle.
Après la banalisation de la contrainte, on apprend à la reproduire. Cet apprentissage coercitif est celui qui détourne, par exemple, l'utilisation des enrênements pour contraindre au lieu de guider, celui qui utilise la cravache ou les éperons pour frapper jusqu'à blesser, celui qui gymnastique à outrance (rollkur), ...etc.

Escalade violence animale équitation

La peur et la souffrance, provoquées chez le cheval, permettent d'obtenir l'obéissance.
L'obéissance, confondue avec le respect, est ainsi valorisée au détriment de la compréhension, la confiance, et le véritable respect.
La souffrance du cheval, au sommet de la pyramide, est minimisée au nom du résultat, du sport, et hypocritement de la sécurité.
Impunément.

continuum de la violence équitation

Déplacement de la responsabilité

L'agresseur justifie ses actes en SE dissimulant sa propre responsabilité : à la place, il accuse la victime, que ce soit une femme, un animal, un enfant, un autre individu ! La responsabilité de la violence est ainsi déplacée de l'agresseur vers la victime :

Frapper violemment un cheval, battre un conjoint, humilier quelqu'un en public, brutaliser un enfant, ... sont des actes justifiés par de fausses excuses. La tradition, l'habitude, l'humour, la performance, la fatigue, l'autorité, sont autant de raisons pour les tolérés et les banalisés.

continuum de la violence équitation

Les témoins

Il y a ceux qui approuvent, ceux qui soutiennent, ceux qui restent silencieux...
Et ceux qui réagissent !

Alignement explicite ou implicite avec le plus fort

Construction d'un monde prévisible et rassurant

Quand on pense que "la victime a mérité ce qui lui arrive", on construit un monde prévisible et donc rassurant : "Moi, je ne ferai pas comme cela, donc je ne crains rien."
Par exemple, une femme choisit de ne pas porter de jupe, elle pense qu'elle ne subira pas de harcèlements de rue. Le cheval résigné obéit pour ne pas recevoir de coups.
En résumé, si une personne se comporte correctement, elle ne craint rien, et il existe une forme de justice, donc de sécurité.

Mais si on considère que la victime n'est pas responsable de ce qui lui arrive, alors, nous sommes, nous aussi, tous en danger et le monde entier devient injuste et angoissant.

Ainsi, le déplacement de la responsabilité vers la victime est un moyen pour les témoins (et la société) de se rassurer, et d'éviter le sujet de la vulnérabilité humaine.
Malheureusement, le système nie et, en même temps, protège celui qui produit l'injustice : le coupable n'est pas coupable, ne sera pas puni et peut continuer de monter la pyramide.
En toute impunité.

La victime n'est pas responsable !

Ouvrons les yeux ! Acceptons de comprendre que des innocents souffrent, que des bourreaux prospèrent, que la société protège les dominants, que la société soit protégée par les dominants, et que nous ne sommes pas en sécurité.
La vulnérabilité humaine est dérangeante. Quand son côté arbitraire est visible, c'est une véritable angoisse existentielle ! Oui !

C'est cette peur qui s'exprime lors des catastrophes naturelles. Ne refusons pas de la voir dans la violence humaine : le hasard joue un rôle. La victime n'est pas responsable, la victime n'est pas coupable. C'est aux agresseurs d'être arrêtés dans leurs actes !
Cette prise de conscience détruit évidemment toutes les illusions : "cela ne peut pas m'arriver, la civilisation protège, le progrès moral est acquis, les monstres sont identifiables".
Osons faire ce constat et affrontons : La peur, l'angoisse, la révolte, le vertige, la colère contre l'humanité ?

Les réactions saines

Réactions avec un cheval

La dimension sociale et théâtrale

La violence profite d'une dimension sociale et théâtrale, et impose un silence collectif.

Formes de violenceMessages envoyésFacteurs renforçants
Bagarres d'ados
Violences conjugales
Humiliations publiques
Violences politiques
Violences animales
Harcèlements scolaires
Violences managériales
Brutalités de certains sports
...
Regardez comme je suis puissant
Ne me contredisez pas
Voilà ce qui arrive quand on me résiste
Je domine ici
J'ai le droit d'agir sans conséquences
...
Plus violents devant leurs pairs
Désir d'impressionner les témoins
Normes apprises (éducation)
Peur d'apparaitre faible (préjugé)
Sentiment d'être défiés
Autorité menacée

continuum de la violence équitation

La peur guide la violence : le paradoxe

Le contrôle est rassurant : il permet d'exister, de montrer un invulnérabilité. La violence apparaît presque comme la tentative désespérée d'éviter toute vulnérabilité. Le résultat immédiat est époustouflant : silence, obéissance. Mais le résultat réellement visé, qui est le respect, la reconnaissance, la légitimité, n'est JAMAIS obtenu. Ce fonctionnement montre un réel manque de confiance en soi, et une incapacité à gérer ses frustrations. Le contrôle est par ailleurs très épuisant en réalité car il demande une surveillance permanente.

Notre équitation et le micro-management

Notre équitation européenne, très contrôlante, est comparée dans ce document au micro-management que l'on sait être toxique et comparable à du harcèlement moral. Vous ne voyez dans la pyramide ? A quel étage est-il ?

Je fais confiance à mon cheval... et il me le rend bien

Je fais confiance à mon cheval

En engendrant la peur et en utilisant la contrainte, certains pensent obtenir le respect de leur cheval. Ils n'obtiennent en réalité que la résignation, l'inhibition, l'obéissance.
L'obéissance n'est pas l'adhésion; la soumission et la résignation n'ont rien à voir avec la confiance; et le silence et l'obéissance ne sont pas synonymes de respect.
La violence semble facile, rapidement efficace, mais n'en résulte qu'un contrôle apparent, à court terme.

La confiance, la coopération, l'adhésion, la sécurité psychologique, l'autonomie se construisent sur la durée. Pour construire une véritable relation, il faut posséder de vraies qualités et compétences, comme la patience, le courage, la maîtrise de soi, l'humilité, la capacité de se remettre question, des compétences techniques et des connaissances éthologiques à jour.
Créer une relation de confiance, c'est aussi accepter une part d'incertitudes et de vulnérabilité.
Dans ce livre, j'explique une méthode respectueuse, efficace pour obtenir une relation de qualité, sécuritaire et performante sur le long terme.

Les avancées actuelles ?

De plus en plus, la parole est libérée : celle des femmes et des enfants pour les violences sexuelles, des salariées dans le cadre de management toxique et de harcèlement moral.
On parle de bien-être animal et des chartes de protection se généralisent.
L'écoute, l'accueil et la prise en compte des alertes évoluent lentement et de façon conflictuelle, car le changement attendu touche aux structures profondes du pouvoir et des rapports humains.

Notre société évoluera lorsqu’elle cessera d’admirer la domination et commencera à valoriser la compréhension, la compétence et la maîtrise de soi.
La véritable force n'est-elle pas d'accepter suffisamment sa vulnérabilité pour pouvoir faire confiance ?

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